BILAN 2020

Pour tenter d’être en harmonie c’est toujours important pour moi de vous faire part de ma vision d’un cycle agricole écoulé. C’est presque un rituel.
Un exercice mental et d’écriture… définir un ordre, donner une cohérence à son texte, se fixer publiquement des objectifs du présent cycle qui démarre.
Ça m’aide à me fixer des orientations,donner un certain sens à ma sphère professionnelle.
Avec mes écrits d’étapes de l’an dernier vous avez eu un jet de ce bilan, car ces émotions jetées à chaud et ces réponses à des situations compliquées m’ont permis de me positionner, de trancher en quelque sorte sur des aspects tantôt matériel et pratiques que dans la sphère du mental, du sentimental. Tant de stratégiques d’adaptation développées à tous les niveaux lors du dernier cycle paysan qu’on pourrait se perdre et ne pas savoir par où commencer… je m’auto-persuade souvent: un autre monde est possible!
En attendant l’accomplissement de cette transformation que je souhaite de tout cœur positive pour l’humanité et l’entièreté des êtres de la planète, je traverse le temps comme vous tous.


Donc on jongle!
Et ce 2020 nous a bien montré que nous sommes capables d’une sacrée aptitude aux arts circassiens. Quelle fut intense d’acrobaties cette boucle,coté équilibrisme, on a bien joué avec nos attestations et nos masques, de la haute voltige sociale et humaine dans les hôpitaux, le milieu de la santé, d’une main une précarité galopante, de l’autre la pauvreté aux portes de certains foyers, et au bout l’insécurité alimentaire. Chaque saison était un cercle de feu a travers lequel l’humanité devait sauter et parvenir de l’autre coté de l’arceau sans qu’il ait trop de dégâts! On était artistes et spectateurs de notre propre spectacle. Je pense que cela ressemblait de plus en plus, vu de mes yeux, a un grande expression de répression artistique, où les arts de la magie, de la manipulation et du dressage prenaient plus de force. Il doit bien se marrer maintenant le «petit» félin amadoué et maltraité par l’être humain, c’est un virus qu’a eu raison de nous! Pourtant peut être il aurait pu en être autrement le devenir de ce 2020 si d’autres décisions politiques structurantes auraient été prises.

 

Pas de regrets, nous sommes ici et maintenant il s’agit de savoir quoi faire de cette plasticité à laquelle les circonstances pandémiques et politiques nous ont forcé. Car obéissants nous sommes, nous pouvons maintenant user de cette énergie concentrée pour transcender notre condition! Nous avons excellé dans l’art de l’acrobatie individuelle dans cette arène de la vie collective, et ce virus n’est autre chose à mes yeux qu’un coupe circuit. Nous devrions bâtir une autre voie, ou la continuer avec autant de courage et d’énergie qu’on a pu«enfermer-concentrer-densifier» car il en faudra de l’énergie, de l’inventivité! création des scenarios complètement loufoques pour parvenir à nos fins, pour que ce scénario du dressé-dresseur ne soit qu’un lointain cauchemar dont on gardera les stigmates mais qu’au fond il puisse au moins servir de motivation, aussi fou que cela puisse paraître.

 

SENTIMENT QUAND TU NOUS TIENS

 

Un préambule s’impose.
Surtout pour ceux qui viennent d’arriver à l’AMAP.
Vous aurez quelques clés de compréhension des situations et de la personne qui produit les légumes que vous avez pris l’engagement de cuisinier! Serre productions de printemps : Carottes, oignons, fenouils.
C’est si difficile parfois de s’extraire d’une réalité au quotidien bien dense et d’y voir plus clair ses objectifs de moyen et long terme! Rien de mieux que cette période de fin de contrat, fin de saison,coupure de fin d’année pour faire le vide. Ce qui ressort de cette expérience d’absence de la ferme c’est une certitude. Déjà pas mal positive d’avoir des certitudes dans le monde qu’on vit! d’avoir acquis pendant ces 10 derniers années les fondamentaux des itinéraires techniques que je mène à travers les plus de 120 variétés différentes de légumes potagers que je cultive.Les réflexes et organisation pour vous proposer des paniers riches en vitamines et en éléments vivifiants!

 

La satisfaction d’avoir entre mes mains des gestes, millénaires pour certains, des pratiques que je veux de plus en plus cohérentes avec cette vision de paysanne-chercheuse ouverte à l’intuition du moment, le souhait de continuer à me former sur la production fruitière, sur les plantes sauvages comestibles que je pourrais vous proposer, des aromates pour enrichir le palais et travailler nos organes, l’ambition de transmettre ce savoir faire paysan pour que la voie de l’agroécologie continue son chemin a travers nos expériences, que nos lieux puissent être résilients, Oh! maître mot…

 

Le souci survient quand on ne peut pas être assez disponible pour les mener à bon port nos légumes et nos objectifs aussi louables soient-ils, de manière plutôt sereine. Et ne pas en faire pâtir les personnes qui nous entourent. Et qui s’efforcent de vous soutenir. Quand les luttes sociales et environnementales prennent de la place dans votre cerveau. .. Ça se corse cette histoire! Je puise toute l’énergie que je suis capable d’emmagasiner dans la nature, le cosmos… Elle est infinie cette énergie, je tente de canaliser à ma façon ce qui m’arrive de face, ce que j’envoie à l’univers. Mais je suis apprentie moi aussi dans l’art du malaxage de cet énergie. Parfois je reconnais qu’elle m’échappe par tous les pores. Sans que je puisse maîtriser ce qui m’arrive. Je crois que c’est souvent lié à la fatigue.


Pendant des années ce fut compliqué de mener de paire l’investissement humain et financier nécessaire à bâtir l’outil de production aujourd’hui en place. Oui nous avons avons commencé de zéro sur ces terres, difficile de l’oublier, tellement le chantier m’a personnellement transformé. Muscles et tendons travaillent de paire pour que cette machine qu’est mon corps puisse assumer les positions et les postures nécessaires à la tache journalière. Vos épaules se transforment, vos biceps, vos mollets, vos trapèzes, vos fessiers, vos pectoraux et j’en passe, travaillent comme dans une création musicale. Il y a eu des cordes qui se sont cassées, il a fallu remplacer un tendon par ci, visser une articulation par là, aider la colonne vertébrale à rester en place, détendre, détendre!s’exercer avec sa cage thoracique et aller à la rencontre de la respiration profonde, travailler ses émotions. Tout un programme.

 

Ensuite il a été ardu de faire coïncider cet effort colossal avec l’acquisition d’un revenu équitable pour moi, co-architecte de cet univers. Mais nous avons réussi ce pari et depuis 2018 je jouis d’un revenu équivalent à un SMIC. Puis à force de devoir s’adapter sans cesse à des conditions nouvelles, a des ravageurs sans cesse plus diversifiés et gourmands, à des sécheresses plus longues, des hivers plus doux, aux gelées plus douloureuses, j’ai pu certes omettre certaines étapes clés des itinéraires techniques de nos légumes, ou les assurer mais avec une mauvaise gestion du stress et du surmenage qu’en résultent. Et apprendre surtout qu’on ne peut pas tout réussir, à accepter l’échec comme faisant partie de l’intégralité de l’exercice de la paysannerie.

 

J’ai trouvé un appui et un sens dans certaines pratiques comme le Qi Qong, la CNV en petit groupe, car je n’arrive pas toute seule à défaire les nœuds d’une plexus solaire tendu, d’un système nerveux que j’ai mis à l’épreuve.Aujourd’hui je suis plus consciente de l’ensemble des freins liés à l’installation et à l’activité paysanne, que nous collectivement avons levé ensemble pour permettre à cette aventure AMAP de continuer à avoir lieu. C’est pour moi humain de ne pas pouvoir faire face seule à ce que nous traversons dans les champs, car les défis et changements sont planétaires sauf que plus visibles parfois pour nous paysannes et paysans. En assumant ceci il m’est ainsi plus aisé de vous avoir proposé divers changements liés au contrat de la nouvelle saison qui a démarré la semaine dernière.Consciente de ces freins, je n’ai pas l’intention de renouveler les mêmes expériences parfois douloureuses sans apporter des éléments de renouveau.

 

Vous aurez ainsi compris que la maraîchère de votre AMAP gère de front deux aspects aussi importants dans sa vie: la recherche d’un équilibre émotionnel et nerveux qui facilitent la mise en marche de stratégies d’adaptation dans les champs dans le contexte actuel qu’est celui du bouleversement du climat sur la surface de notre planète Terre.

 

EFFET DE SERRE: UN PHÉNOMÈNE NATUREL AMPLIFIE PAR L’HOMME

 

Le climat change. Depuis quelques cycles solaires on nous annonce que la planète a enregistré des moyennes toujours plus hautes que les précédentes. Vous le savez sans doute: Qui dit réchauffement climatique, dit effet de serre, qui dit effet de serre dit accumulation de gaz a effet de serre (GES) liées aux activités humaines, en particulier l’usage d’énergies fossiles:

gaz, pétrole,charbon, dont le gaz carbonique CO2 issu de la combustion est le plus connu mais pas le seul.D’autres moins connus mais aussi importants rentrent en ligne de compte: le méthane CH4, le protoxyde d’azote N2O. Nous consommons bien plus d’énergie qu’il y a 100 ans, ainsi nos émissions de GES directes et indirectes mais liés à nos modes de vie modernes et je dirais issus du système capitaliste sont exponentielles. Sachez que depuis l’ère industrielle en 1880 la température à la surface du globe à augmenté de 0,9°C à plus ou moins 0,2°C d’après le GIEC, groupe d’experts climatiques, sur son rapport en début d’année dernière.

LES CONSTATS DU CHANGEMENT CLIMATIQUE CHEZ NOUS

 

Je souligne pour les nouveaux arrivants dans cette aventure AMAP que fin 2019 j’ai dressé un petit résumé des conditions météo auxquels non seulement moi mais le monde paysan en générale fait face (bilan à disposition). Ces conditions se confirment pour cette saison passé car 2020 n’a pas été exception.L’évolution des températures moyennes annuelles en Midi-Pyrénées montre un net réchauffement depuis 1959, de l’ordre de +0,3°C par décennie. Les trois années les plus chaudes depuis cette date ont eu lieu les 20 dernières années en 2003, 2011, 2018. Le nombre annuelle de journées chaudes avec des températures supérieures à 25°C augmente pour atteindre une moyenne de +3 à +6journées par décennie.

 

Météo France constate ainsi une évolution de la température moyenne en 60 ans de +1,91°C en Haute Garonne.

 

Cette hausse a évidement un impact sur le climat local. Notre département a été classé l’année dernière comme celle d’avant et celle d’avant … en sécheresse par le préfet ce qui nous a valu la visite de notre ministre de l’agriculture venu l’été dernier avec une valoche pleine de promesses sur la disponibilité de la ressource EAU pour notre activité agricole…. Mais 40% des surfaces sont touchées annuellement par l’impact de la sécheresse! Globalement on ne constate pas de diminution des quantités d’eau à l’année, mais une répartition différente avec un déficit estivale de longue durée : pas une goutte d’eau de pluie sur nos plaines pendant des mois.

 

Le nombre de jours de gel est très variable quant à lui. Mais en cohérence avec l’augmentation des températures le nombre de jours de gel diminue. Sur la période 1961-2010 la tendance est de -1 à -3 jours par décennie. Ainsi en gros chez nous en Midi Pyrénées nous dit Météo France : -Hausse des températures de +0,3°C/décennie-Réchauffement plus marqué au printemps et en été-Peu ou pas d’évolution dans les quantités des précipitations-Sécheresses en progression-Diminution de la durée d’enneigement en moyenne montagne-Tendance à plus d’événements climatiques extrêmes:Vagues de chaleur et sécheresse plus nombreuses et plus longues. Événements extrêmes de pluie plus nombreux.

 

EN QUOI L’AMAP EST IMPACTE PAR CETTE ÉVOLUTION

Les effets sur la végétation sont clairement visibles. D’un coté plus de coups de soleil sur les jeunes plants ayant été transplantés avant une vague de chaleur, souvenez vous le mail de l’été décomptant un bon tiers de plants de poireaux en moins une semaine après plantation, poireaux ayant fondu physiquement dans la masse chaude du sol… ou les dégâts sur jeunes choux, les feuilles ayant littéralement évaporé !

Les dégâts dus à l’apparition de ravageurs liés à cette chaleur sont d’habitude visibles sous les serres mais l’année dernière ils sont devenues visibles et incontrôlables en plein champs également.Un des ravageurs majeurs qui aime chaleur et climat sec c’est l’acarien tétranyque tisserand ou araignée rouge. Minuscule insecte qui se nourrit de la sève des plantes hôtes, les cellules vidées meurent et deviennent jaunes et sur de nombreuses plantes ces dégâts apparaissent également sur la face supérieure des feuilles sous forme de petites taches jaunes. La destruction des cellules entraîne une réduction de la photosynthèse, une transpiration accrue et une croissance réduite de la plante.Les piqûres incessantes dans les cellules provoquent peu à peu le jaunissement complet des feuilles et peuvent entraîner la mort de la plante. Ici les plantes préférées de ces insectes sont les concombres, aubergines, pastèques.

 

Avec les insectes ce sont les virus aussi qui peuvent se répandre dans nos champs, car piquant et suçant de la sève d’une plante à l’autre ils les disséminent. Je vous rassure, ce sont des virus inoffensives pour l’homme mais on constate un certain accroissement des dégâts et du nombre de plants impactés par des viroses:

Notons que l’ensemble des dégâts apparaissent progressivement. Une maladie comme l’oïdium qui se plaît en climat chaud et sec peut venir achever un plant déjà affaibli, une plantation qui ne démarre pas à cause de la pression parasitaire. Ainsi dès fin avril nous avons à faire à ce défilé de formes aussi vivantes que je le suis et aussi avides de sève que peut l’être un humain dans un désert.Mais il y a de la joie aussi dans le jardin potager, je vous rassure!

Car avec cette pression parasitaire il y a les insectes pollinisateurs et autres compagnons de saison qui rayonnent avec le fleurissement des plantes que je m’efforce d’implanter un peu partout pour amener de la complexité à cet agro-écosystème.

 

Le manque de pluviométrie estivale est également lourd à gérer. La forte évaporation et transpiration des cultures et des sols nous oblige à prendre une responsabilité de taille: un besoin soutenu en irrigation. Nous avons besoin de satisfaire une évapotranspiration élevée en saison de l’ordre de 5 à 7 mm/jour car ce seul paramètre représente 40 à 50% de réussite de nos cultures. L’été nous avons un assolement important en jeu. Géré manuellement à raison de deux fois semaine depuis le mois de mai, 5 h d’attention/jour d’irrigation ce paramètre occupe comme je vous le disais l’an dernier une place importante dans un calendrier de taches hebdomadaires déjà bien chargé(semis, plantations, désherbages, récoltes, lutte contre les ravageurs, commercialisation, gestion administrative et tenue des obligations fiscales).


Ce sont 11 vannes à ouvrir et fermer manuellement en fonction de la croissance des plantes. Des filtres à nettoyer manuellement chaque heure. Une surveillance en cas de défaillance, baisse de pression qui induirait une fuite par exemple. Bouger des lignes d’aspersion d’un assolement à un autre. Il est aussi devenu indispensable de faire des arrosages de 10 à 20 minutes en aspersions supplémentaires plusieurs fois par jour en période de vague de chaleur pour augmenter l’hygrométrie, humidité de l’air, et ainsi tenter de réduire la pression parasitaire. C’est un défi de taille l’irrigation, elle me demande un découplement important notamment les mardis et vendredis d’un saison sèche devenue plus longue et plus sévère.

 

Enfin les dégâts sont moins visibles sur mon système nerveux, mais il n’est pas moins important à maîtriser car j’assume une pression de taille en saison. Il est devenu plus difficile de cultiver je trouve, la fatigue est plus présenté avec la chaleur estivale, l’organisme souffre plus physiquement. Quand la pluie arrive, c’est vraiment un énorme soulagement!Je vous écrivais fin 2019 que mon objectif était, outre de pouvoir continuer à vous fournir des bons légumes en 2020, de développer l’intelligence de groupe en guise de stratégie pour faire face aux défis colossaux concernant le climat global et l’adaptation de l’humain face a ce constat:

Pour limiter le réchauffement de notre atmosphère à 2°C à l’horizon 2040 chaque habitant français devrait réduire sa consommation de
11 TONNES DE CARBONE CO2/français/an (donnés 2018 )
à 2 TONNES DE CARBONE CO2/français/an

https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/sites/default/files/2020-01/datalab-essentiel-204-l-empreinte-carbone-des-francaisreste-%20stable-janvier2020.pdf


Une adaptation d’autant plus parlante si on se dit que les enfants de demain devront réduire leur empreinte carbone de 90% par rapport à celle de leurs grands parents. Je vous invitait en 2019 à agir ensemble et nous doter d’outils pour comprendre et maîtriser notre consommation énergétique. Au vu des constats de 2020 je conserve ce même objectif pour 2021 et les années à venir. Pour parvenir à mieux maîtriser le sujet j’ai pu réaliser deux formations à l’automne, une sur le changement climatique et ses impacts pour le monde agricole, et une autre sur les stratégies de compensation carbone au sein de la politique agricole commune. C’est de ces formations que j’ai pu tirer les quelques informations, graphiques et constats que je partage avec vous.

 

LA FERME FACE A CES CHANGEMENTS STRUCTURELS

 

Lors de notre journée à la ferme début juillet je me suis fait une joie de vous expliquer par quel mécanisme magique la nature régule ce flux de CO2 dans notre atmosphère via la photosynthèse des plantes et ensuite par la respiration des animaux. Nous fabriquons du CO2 à l’issu du processus de notre respiration, les végétaux captent ce CO2 et le transforment en oxygène et sucres. C’est grâce à ce cycle que notre atmosphère ne nous est pas hostile et que la vie c’est développé. C’est le miracle de notre planète bleue !


Nous avons vu comment à la ferme nous tentions de capter cet excès de Carbone dans l’atmosphère qui contribue au changement climatique à grande échelle que nous traversons. Je vous expliquais les stratégies développés pour réduire l’empreinte carbone, notamment en vous expliquant que la biomasse produite localement (masse issu de la croissance de végétaux) est perçu comme une source de fertilité et non comme un déchet. Cette matière organique est un piège carbone car pour sa croissance chaque plante mobilise du CO2 pour tirer une grande partie de l’énergie dont elle a besoin pour sa croissance. Ensuite ce carbone se transforme en sucres, transportés par la sève depuis les racines jusqu’à la pointe des feuilles, puis en lignine, bois etc.… chaînes carbonées stables dans le sol et dans la plante, alchimie du carbone : de l’état gazeux à l’état liquide ou solide.



Un des résultats de ce cycle du vivant c’est la création de l’humus, réservoir de fertilité, par décomposition des feuilles, bois mort et cadavres des êtres vivants, et ce grâce aux micro-organismes, bactéries

Planches mulchés sous serre

et mycélium des champignons que nous réussirons à développer et implanter de manière perenne dans le sol.
Donc en compostant directement sur nos planches cultivés, en récupérant la biomasse produite par la mairie, en rentrant d’autres productions non alimentaires pour l’homme comme les engrais verts qui créent de la biomasse nous mettons en marche d’autres itinéraires techniques notamment en non travail du sol pour respecter l’équilibre fragile des écosystèmes terrestres qu’au final sont un de nos plus grands trésors.
C’est du sol et de son degré de fertilité naturel qui émanent une large partie de nos stocks d’énergie!


Mais aussi de cette fertilité émane la nécessaire croissance de nos récoltes. Le règne végétale à des outils insoupçonnées et des capacités via leurs racines et des symbioses si étonnantes que variés d’aller se ressourcer la dedans. Vous avez vu lors de la visite mes planches mulchés de touts ces débris feuilles, tontes, bois broyés… Usage de la litière biomasse locale en litière fertilisante. Je vous ai expliqué que c’est aussi un changement radicale dans l’agriculture d’aujourd’hui. Que moi j’ai entamé cette transformation depuis seulement 5-6 ans et que nous avons tout a apprendre des résultats que nous constatons.


Ce levier de la captation de carbone par le sol et la biomasse est un mécanisme dont les résultats se voient à moyen et long terme. Je constate des bons rendements cependant avec un usage nul ou bien moindre d’engrais organiques. Des mesures seront effectués en ce 2021 pour voir l’évolution des paramètres liés à cette stratégie grâce notamment à la création d’un GIEE, groupement d’intérêt économique et environnementale, démarche validée et financé par l’état via la DRAF, direction régionale de l’agriculture et de la foret.

 

Ce dispositif est une labellisation qui permet l’accès à des aides pour l’animation et l’accompagnement d’une démarche collective. Des financements spécifiques pour la mise en œuvre d’actions et d’investissements. La possibilité de mettre en place une démarche collective de réflexion paysanne.
Ce dispositif dans lequel nous travaillons depuis plus d’un an avec notre association de producteurs de Seysses nous permet de mettre en œuvre et de dresser une certaine logique, un programme pour la régénération des sols en cinq étapes. Cette suite nous semble logique :

  • Équilibrer chimiquement nos sols: ratio cations du complexe argilo humique Ca/Mg,Mg/K, P/Zn, S/P, F/Mn,C/N/S (Analyses et corrections)
  • Vie des sols: Ratio Bactéries/Champignons: (Analyses)
  • Couverts végétaux: du carbone liquide sous forme de sucres dans nos sols. (Réflexion mélanges +Action mise en place) Objectif: Stimuler la biologie des sols pour produire des molécules précurseurs de l’humus (action destruction au stade souhaité, Analyses ratio bact/Champi en suivant)
  • Usage de ferments lactiques pour aider à la décomposition de cette biomasse. Objectif accélérer le processus de conversion des sucres des tissus des plantes du couverts détruit en acides aminés (Action)
  • Semis/ plantations de légumes sur ces parcelles d’étude (Action)
  • Usage des PNPP préparations naturelles peu préoccupantes :infusions, décoctions, extraits fermentés, macérations de plantes comme l’ortie, prêle, ail, consoude, fougère. Objectif Vitaliser et Fortifier nos cultures (Action de mesures des rendements comparatifs des parcelles). Il nous semble important de trouver des indicateurs d’évolution.



Semences en cours de séchage

Des leviers techniques à court terme sont aussi mobilisés à la ferme.
Notamment un travail sur l’adaptation des variétés d’espèces potagères autoproduites ici : fèves, haricots, tomates, poivrons, aubergines, patates. Aussi le décalage du calendrier des semis et plantations pour éviter certaines périodes critiques. Je note cependant que les résultats sont encourageants pour une partie des essais de décalages mais pas sur tous et que l’avancement des cultures est tel du à la douceur du climat que quand un gel précoce ou tardif survient il est fort destructeur.
L’adaptation de mon système de production doit combiner en somme une adaptation de fond (T° plus élevées, moins d’eau l’été) et une réduction de la vulnérabilité a ces variations climatiques interannuelles.
Nous avons un double enjeu en agriculture qu’est celui de la production alimentaire et celui de la captation carbone. Notre métier est l’un des seuls capables de jouir de cette alchimie. Nous ne devrions donc pas nous en priver ! Et ce malgré le manque de politiques publiques qui favorisent des pratiques responsables en matière de captation de carbone et ce à n’importe quelle échelle. Je fais ce constat car nos fermes sont considérées comme trop petites et ne sont pas prises en compte dans les politiques aujourd’hui existantes.

Aujourd’hui ce sont toujours les mêmes qui reçoivent la plupart des aides de la PAC* politique agricole commune, auxquels on incite a un productivisme boulimique, source en partie de ce dérèglement climatique. Ce sont ces mêmes personnes ou sociétés agricoles appuyées par les chambres d’agriculture, ministères et aides publiques qui vont faire le jeu des mécanismes fiscaux qui en lieu et place de provoquer et produire des véritables changements stratégiques de production vont se contenter d’attirer encore plus d’argent vers eux via l’optimisation fiscale de la mise en culture. Autrement dit on a besoin d’une véritable politique alimentaire et agricole commune, qui prenne en compte l’ensemble de défis climatiques que nous avons devant notre nez.
Au lieu de cela la transition agricole et alimentaire prévue par le plan de relance par le gouvernement ne bénéficiera « que de saupoudrages, sans réelle impulsion sociale et écologique.

Les grands objectifs comme la souveraineté alimentaire ou l’installation agricole et la transmission des fermes existantes sont bien cités dans les textes mais une politique d’accompagnement massif des paysan-nes pour faire évoluer en profondeur nos modèles agricoles fait défaut». Je cite le secrétariat générale de la Conf nationale qui explique dans son édition de décembre 2020 de « Campagnes Solidaires » que seulement 1 % des 100 milliards d’€ y seront consacrés. Peu de changements structurels en somme du modèle agricole industrialisé qui prend toutes les aides publiques ou quasi. Aucune rupture avec le matrice favorable à l’agrobusiness.

Nous avons besoin de plus de paysans et donc de dynamiques fortes d’installation ainsi que de la valorisation du travail paysan qui permet la pérennité du travail effectué dans nos fermes. Une accessibilité à une alimentation locale et de qualité pour toutes et tous.
Ainsi je continue le travail humain en collectif source d’épanouissement et réponse efficace contre l’isolement paysan.

Vive l’amap ! Et tout ce qu’elle ouvre comme possibilités !

Votre maraîchère de proximité,
Lorena



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